De l'autre côté du miroir

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Eh ben ça en fait des lettres...

Publié le mardi 2 avril 2013 dans la catégorie Littérature | 4 commentaires »

Livre du million

Or doncques, qu'a de particulier cette page 168 de La Vie et les opinions de Tristram Shandy dont je vous donnai copie ici ? Pour répondre à cette question, il me faut commencer par vous faire un aveu. En plus de ce vice impuni qu'est la lecture, je souffre d'une manie innocente mais bien ancrée : j'enregistre et je compte. J'enregistre, depuis le mois de juin 1983 (p......., trente ans !), tous les livres que je lis. Et je compte, pour l'enregistrer aussi, le nombre de pages que ces livres comprennent. Tous ces chiffres sont aujourd'hui sous forme de tableur, ce qu'ils n'étaient évidemment pas au départ. Plusieurs carnets sont ainsi remplis de centaines de titres et de nombres, que j'ai tapés à l'époque, pas si lointaine, de l'informatisation de nos vies. J'ai oublié comment cette habitude du comptage m'est venue. Je me suis fait, aussi, toutes les réflexions qu'elle peut susciter et que vous pouvez avoir en tête. Souvent je me suis dit que j'allais arrêter. Toujours j'ai continué. Je crois maintenant que je n'arrêterai plus, sauf si j'arrête de lire, autant dire que j'arrêterais de respirer...

Bref, il s'agit donc de cela : la page 168 de Tristram Shandy est, d'après ce compte et modulo les erreurs possibles, la 500 000e page lue depuis juin 1983.

Un demi-million.

Trente ans de lecture au rythme de près de 46 pages par jour pendant 10900 jours. Une demi-vie, pour ainsi dire, ou presque (un tiers en étant optimiste).

1712 livres, un tous les 6 jours et demi pendant 30 ans.

En faisant l'hypothèse d'un rythme moyen de 40 pages lues par heure, l'équivalent de 12500 heures ( une heure par jour, à peu près), 520 jours entiers, près d'un an et demi passé à lire.

Voilà. Ces chiffres, apparemment si éloignés de la littérature, disent cependant aussi bien que n'importe quoi la réalité qu'elle représente.

Et basta. Sur ce, je vous laisse, c'est pas tout ça mais j'ai un million sur le feu, moi.



La photo qui illustre ce billet montre le livre édité en 1955 par la RAND Corporation : A Million Random Digits with 100,000 Normal Deviates, qui regroupe notamment dans un tableau un million de nombres aléatoires. Cet ouvrage est le résultat de travaux dans le domaine des statistiques et des nombres aléatoires conduits à partir de 1947. Ces nombres peuvent être téléchargés en cliquant là.

Celle-là pour toutes les autres

Publié le mercredi 27 mars 2013 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

L'extrait qui suit correspond approximativement à la 168e page imprimée du roman de Laurence Sterne, La Vie et les opinions de Tristram Shandy, immense classique du 18e siècle fort intelligemment réédité par les éditions Tristram (...) dans une nouvelle traduction de Guy Jouvet. Je n'écrirai pas de commentaire sur l'oeuvre elle-même ici, le sujet du jour n'est pas celui-ci. Mais avant de vous ennuyer avec mes histoires (je vous aurai prévenus), je vous laisse savourer le style incomparable de Sterne, jusque dans l'utilisation de la ponctuation :

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Cueillette de Toussaint

Publié le lundi 5 novembre 2012 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

Librairie préférences

Comme à peu près chaque fois que les vacances nous conduisent en Corrèze, c'est-à-dire souvent, je n'ai cette fois encore pas manqué de rendre visite à Pierre Landry dans sa magnifique librairie Préférences située au centre de Tulle, face à la cathédrale désormais bien connue (bien connue, évidemment, depuis qu'on la désigne comme «celle qui est juste en face de la librairie Préférences, celle de Pierre... », « Mais bien sûr, je vois parfaitement... »). D'abord parce que c'est un ami et une personne que j'estime et avec qui j'aime passer un moment, surtout lorsqu'il pleut, vente et froidise comme ces jours-ci. Ensuite parce que je suis certain d'en revenir toujours avec de belles perspectives de lecture, aussi bien dans les livres que j'y ai achetés que dans les idées qui ont surgi au détour d'un café ou d'un thé. Voici quelle aura été la récolte de ce jour :

Journal écrit la nuit- de Gustaw Herling, Journal écrit la nuit (L'Arpenteur) et Un monde à part (Folio). Si, comme c'était mon cas jusqu'à hier, vous ignorez tout de cet auteur, sachez qu'il est polonais, qu'il a 93 ans et qu'aux dernières nouvelles il vit toujours à Naples. Que, pendant la Seconde Guerre mondiale, il a tenté de rejoindre les armées polonaises en formation en France, qu'il a été capture par le NKVD et enfermé dans un camp en URSS et que, finalement libéré, il s'est illustré pendant la bataille de Monte Cassino (excusez du peu) dont il est sorti vivant et avec les honneurs. Avec ça cultivé au-delà de l'imaginable et parlant un grand nombre de langues. Les deux ouvrages ci-dessus constituent, le premier, un vrai-faux journal et le second, le récit de son internement ;

- de Max Aub, Campo francés (Les fondeurs de brique), quatrième volume du cycle Le Labyrinthe magique consacré à la guerre d'Espagne et dont j'ai déjà parlé ;

- de R. L. Stevenson, qu'on ne présente plus, Le trafiquant d'épaves (Libretto), pas son roman le plus célèbre mais probablement pas des moindres, au moins au regard de son volume. Et, comme dirait Tanguy, je cite : « On n'est jamais déçu par Stevenson ».

Contre-jourTout cela promet bien du plaisir, lorsque j'en aurai terminé avec le pavé en cours, l'énorme Contre-jour de Thomas Pynchon qui, après environ 250 pages, se présente une fois de plus comme une belle construction romanesque, brillante, foisonnante et, une fois n'est pas coutume chez Pynchon, teintée d'une certaine mélancolie voire de franche noirceur. En tout cas le plaisir est là, indéniablement.

Parmi les livres dont il a seulement été question, le volume consacré par la Pléiade à Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, le livre d'Andréï Platonov évoquant la tentative utopique de la ville de Tchevengour (dont Vassili Golovanov a déjà parlé dans son Éloge des voyages insensés et surtout dans Espace et labyrinthes, tous deux publiés chez Verdier) et Les impardonnables de Cristina Campo, celui-ci déjà lu et dont nous avons évoqué la fin, consacrée par cette grande croyante à la lecture des textes se rapportant aux pères du désert ; je disais à Pierre que, incroyant pas forcément indécrottable mais totalement ignare en ces matières, j'avais eu du mal à suivre (à comprendre comme à adhérer à sa pensée) l'auteur dans son analyse, mais nous sommes tombés d'accord pour donner toute son importance à la poésie contenue dans ce passage comme dans les textes qui y sont évoqués, poésie qui se suffit à elle-même, dans ce cas, pour les mécréants que nous sommes tous les deux. Par ailleurs, cette partie des Pères du désert arrive à la fin de l'ouvrage, particulièrement exigeant, et la fatigue d'une lecture longue et attentive peut aussi expliquer qu'elle n'ait pas été appréciée à sa juste valeur. C'est l'occasion de la reprendre à part avec un esprit plus vif et plus ouvert. Diadorim a une fois de plus été cité, pour dire à quel point ma relecture a montré que mes souvenirs en étaient complètement faussés (par des lectures ultérieures selon toute probabilité, notamment d'autres ouvrages de Joao Guimaraes Rosa – Sagarana, par exemple, ou Toutaméïa – mais aussi par les grands romans de Cormac McCarthy, je pense au cycle des confins constitué par De si jolis chevaux, Le grand passage et Des villes dans la plaine et, surtout, au Méridien de sang) et combien ce livre est magnifique. Pierre déplorait à cette occasion qu'il ne soit plus édité, aussi incroyable à nos yeux que si on ne trouvait plus Au-dessous du volcan ou un roman de Faulkner...

Et toi, Solange, comment passes-tu tes longues (de moins en moins) journées pluvieuses (de plus en plus) de novembre ?

Diadorim

Publié le jeudi 1 novembre 2012 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

DiadorimTerminé de relire (parfaitement Mesdames et Messieurs, je relis, moi. J'écris pas, alors forcément, j'ai le temps, hein) Diadorim (dont le titre original est, comme de juste, beaucoup plus beau : Grande Sertão : Veredas), le magnifique roman du brésilien João Guimarães Rosa. Si vous ne le connaissez pas, courez sans attendre vous procurer ce livre et plongez-y vous. Mais alors Mario, t'es gentil (oui, le livre est préfacé par Mario Vargas Llosa mais comme je le connais bien, j'ai vu tous ses films, je me permets de l'appeler Mario), donc Mario, t'es sympa mais y a pas besoin de ta préface pour s'apercevoir fissa que ce roman n'est pas seulement le récit des aventures des jagunços dans les immenses espaces des grands plateaux brésiliens mais aussi, et même avant tout, un exercice langagier et une réflexion sur le destin, le Bien et le Mal, Dieu et le Diable. La forme est celle d'un long monologue de l'ex-jagunço Riobaldo/Tatarana/Crotale-Blanc, ou plutôt un long dialogue à une seule voix, Riobaldo racontant son histoire à un auditeur innomé, ni auteur, ni narrateur, ni lecteur mais un peu tout ça à la fois. Le prétexte : les aventures de ces bandes armées au service des grands propriétaires terriens (fazendeiros), qui se livrent une guerre incessante, se traquent, se rencontrent et se fuient au milieu de cet immense plateau aride et inhospitalier (le sertão), plateau ponctué de cuvettes humides, oasis de verdure et de vie (les veredas). Riobaldo participe à ces affrontements dans diverses bandes et y rencontre Diadorim, mystérieux, gracieux, guerrier courageux au-delà de la norme et dont le secret, pour ceux qui n'ont pas compris au bout de dix pages, sera révélé à la toute fin du récit.

Aucune pause dans le texte, aucun découpage permettant au lecteur de souffler : le roman se déroule d'un seul tenant, interminable scansion dans laquelle les mêmes réflexions, les mêmes situations reviennent inlassablement. Riobaldo, pour vaincre un adversaire que tous pensent protégé par le démon, décide d'appeler le diable à son aide, prêt à faire un pacte avec lui. Le diable, dont les noms innombrables que le récitant lui donne masquent l'absence, ne se montre pas. Mais Riobaldo vainc son adversaire et se demande alors si oui ou non il a vendu son âme au démon.

En attendant de le lire, voici un extrait qui donne un aperçu de la langue, splendide, et concentre parfaitement le questionnement essentiel de l'œuvre, ou plutôt les questionnements : à côté de celle du destin individuel se pose la question du récit ; Riobaldo effectue de constants retours sur sa propre parole, réfléchissant à la fidélité de son récit à la réalité passée. Ce livre est une merveille.

"J'ai toujours su, en réalité. Sauf que ce que j'ai cherché, tout le temps, ce pour quoi j'ai bataillé afin de le trouver, était une chose – une seule, entière – dont je vois que la prescience, la signification, je l'ai toujours eue. Et c'était : qu'il existe une norme, la recette d'un chemin sûr, étroit, que chaque personne doit vivre – et ce mémento, chacun a le sien – mais tel qu'on est, dans la vie courante, on ne sait pas le trouver ; et comment une personne pourrait-elle, toute seule, d'elle-même, arriver à trouver, à savoir ? Mais, ce nord existe. Il faut qu'il existe. Sinon, la vie de chacun ne pourrait que rester à jamais la confusion de cette folie qu'elle est. Vu que : chaque jour, à chaque heure, parmi toutes nos actions éventuelles, il n'y en a qu'une qui réussisse à être la bonne. Le secret en est bien dissimulé ; mais, en dehors de cette conséquence, quoi que je fasse, quoi que vous fassiez, quoi que fassent Pierre ou Paul, quoi que tout le monde fasse, ou se garde de faire, tout devient faux, et c'est la méprise. Car elle est autre la loi – cachée et visible, mais introuvable – du vivre véritable : pour chaque personne, nos lendemains ont déjà été projetés, comme ce qui au théâtre, pour chaque exécutant – son rôle déjà tout inventé – est écrit sur un papier...

Maintenant, voyez. Je rattrape l'avorté par le péché ? Je m'en défends bien ! Mon compère Quelemém est d'accord, je crois, avec mes chimères. Et chercher à trouver ce chemin sûr, je l'ai voulu, j'ai ramé ; sauf que j'en ai trop fait, et que j'ai cherché erronément. Entre mes mains, la misère. Mais mon âme doit être à l'image de Dieu : comment, sinon, pourrait-elle être mon âme ? Priez avec moi. N'importe quelle oraison. Écoutez : tout ce qui n'est pas oraison est déraison... Alors, je le sais ou non si j'ai vendu ? Je vous le dis : ma peur c'est ça. Tous la vendent, non ? Je vous le dis : de diable il n'y en a pas, le diable n'existe pas, et l'âme je la lui ai vendue... Ma peur c'est ça. À qui je l'ai vendue ? C'est ça, monsieur, ma peur : l'âme, on la vend, c'est tout, sans qu'il y ait acheteur...

Je divulgue mon histoire. Ces choses ainsi que je les ai pensées ; mais j'ai pensé en abrégé. Et c'était comme d'avoir soutiré un petit congé au cœur de mes confusions, pour l'amour de me faire un peu les idées claires – l'espace de trois credos. Et déjà la suite accourait. Comme vous allez voir."

Diadorim - p.500-501 de l'édition 10/18

Année 2012 - 1

Publié le lundi 23 avril 2012 dans la catégorie Littérature | un commentaire »

Les barbaresL'année 2012 débute en compagnie de Jacques Abeille, dont j'avais découvert l'an dernier le très beau Jardins statuaires, avec lequel l'auteur inaugurait le Cycle des Contrées. Les éditions Attila ont fait paraître récemment ce qui est considéré comme la fin du Cycle, Les Barbares et La barbarie. Dans le premier, un professeur de littérature, traducteur d'un livre venu on ne sait trop comment des jardins statuaires, est entraîné malgré lui dans une longue quête. En effet, le prince des hordes barbares qui ont envahi la ville de Terrèbre tente de retrouver le voyageur qu'il avait brièvement rencontré à la fin des Jardins statuaires. On ne comprend jamais très bien les raisons de cette recherche, ou alors très tard dans le récit.

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Sous-bois sur les Monédières

Publié le vendredi 24 février 2012 dans la catégorie Littérature | un commentaire »

À Sophie L.L.

Sous-bois de pins
Sous-bois de pins sur les Monédières (cliquez sur la photo pour la voir en grand - attention, image volumineuse).

À Noël dernier, le soleil de la fin d'après-midi perce à travers les sous-bois dans le massif des Monédières (plateau de Millevaches, Corrèze).

Année 2011 - 5 et fin

Publié le mercredi 22 février 2012 dans la catégorie Littérature | aucun commentaire »

Old books - Piotr Olbrychowski
Old books - Piotr Olbrychowski - Galerie du peintre

Suite (encore) et fin (enfin) des lectures de l'année 2011.

Pourquoi êtes-vous pauvres ? de l'américain William T. Vollmann. L'auteur, un peu partout dans le monde, analyse la pauvreté à travers le regard que les pauvres eux-mêmes portent sur leur condition. La réflexion de Vollmann porte notamment sur la manière de concilier la pauvreté comme relativité et la pauvreté comme fait objectif : extrêmement instructif, à la fois sur la pauvreté et sur l'humain.

Je me suis laissé embarquer dans les récits d'aventure rassemblés dans Les secrets de la mer Rouge et Aventures d'Afrique de Henry de Monfreid. Ce ne sont que voiliers, mer Rouge et golfe d'Aden, pirates, trafics en tout genre, enlèvements, trahisons et vengeances, cruels destins, fortunes envolées aussitôt faites, mains coupées et chèvres marchant sur l'eau, monts et merveilles, du pur bonheur !

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Non, merci

Publié le mardi 21 février 2012 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

Cyrano en 1000 SoleilsTerminé aujourd'hui Cyrano de Bergerac dans la collection 1000 SOLEILS, toute une époque. Inutile de dire qu'on n'a pas fait mieux depuis, en termes d'édition "pour la jeunesse". Quant à la pièce : quelle langue, quel texte, quel personnage, quelle merveille ! On comprend le triomphe qu'Edmond Rostand rencontra à sa sortie en 1897 et le succès constant que connaît la pièce depuis. Chacun a en tête la tirade du nez ou le « Ã€ la fin de l'envoi, je touche » de l'acte I. J'ai choisi un autre extrait, la scène 8 de l'acte II, dans laquelle le meilleur ami de Cyrano, Le Bret, lui reproche sa manie de se faire des ennemis : à lire la réplique de Cyrano, on constate qu'un peu plus d'un siècle plus tard, rien n'a changé ; je vous laisse le soin de mettre, sur le petit monde corrompu que décrit Rostand, les noms innombrables des journaleux, politiques, écrivailleurs, éditeurs, éditorialistes bornés et aux ordres et autres fâcheux qui pullulent aujourd'hui : c'est tellement facile que c'en est presque fastidieux. Faisons place au texte, magnifique.

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Les lances rouillées de Juan Benet (année 2011 - 4)

Publié le samedi 29 octobre 2011 dans la catégorie Littérature | 4 commentaires »

Les lances rouilléesJe ne connaissais rien de ce grand auteur espagnol jusqu'au printemps dernier. L'édition par l'excellent Passage du Nord-Ouest de l'œuvre de cet écrivain prolifique mais encore trop peu connu en France était une bonne occasion de le découvrir, à travers ce qui est considéré comme un de ses plus grands romans, Herrumbrosas lanzas, consacré à la guerre civile espagnole. L'auteur y décrit, y dissèque devrait-on dire, les opérations militaires des années 1936-1938 dans la région qu'il a inventée, celle des villes de Région la républicaine et de Macerta la franquiste, séparées par une chaîne de sommets montagneux autant que par leur idéologie. À l'image du comté de Yoknapatawpha chez Faulkner, Benet crée de toutes pièces une région d'Espagne dont il va jusqu'à fournir une carte et dont la toponymie comporte des références (non décelables pour le lecteur qui n'est pas un fin connaisseur de la littérature espagnole) à des auteurs, des œuvres et même des personnages de ces œuvres. Dans ce pays imaginaire vivent, combattent et meurent les protagonistes de cette guerre civile et bien réelle, guerre et protagonistes dont les phrases longues, contournées et rigoureuses de Benet analysent les moindres motivations, les plus petits détails, les trahisons et les héroismes, tout ce qui fait l'Histoire. Dans un genre différent, on pense évidemment au scalpel de Proust. Genre d'ailleurs parfois pas si différent que ça, puisque sont aussi bien étalés sur la table de dissection les sentiments les plus enfouis, les doutes et les certitudes les plus secrets des personnages, qu'il s'agisse de Mason, commandant des forces républicaines ou du plus simple de ses soldats. Les digressions sont nombreuses, l'histoire des personnages prend souvent le pas sur la grande, comme c'est le cas en particulier de celle de la famille de Mason, pleine d'amours illicites et contrariées, de haines profondes, de luttes fratricides et de trahisons, ici encore. Un très grand roman qu'on a envie de relire dès la dernière page tournée et qui pousse à explorer sans délai le reste de l'œuvre.

Année 2011 - 3

Publié le jeudi 27 octobre 2011 dans la catégorie Littérature | 5 commentaires »

Suite et (presque) fin de l'année 2011, pour l'instant et pour ne pas laisser Sophie trop frustrée par le court billet précédent (mais si, mais si). Encore moins de commentaires que d'habitude (quoique) parce que sinon je ne m'en sortirai pas. Quitte à revenir sur certains livres plus tard (on y croit...) ou de manière plus précise dans les commentaires si certains sont assez intéressés pour en faire, pouf pouf.

Entre parenthèses de Roberto Bolaño, un recueil d'articles de l'auteur chilien, qui montre en particulier quel lecteur encyclopédique et pointu il était, de la littérature espagnole, bien sûr, mais pas seulement : il avait tout lu, tout retenu, tout intégré. Impressionnant et passionnant.

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Année 2011 - 2

Publié le mardi 25 octobre 2011 dans la catégorie Littérature | 4 commentaires »

À la demande pressante de Sophie, voici la suite de l'année de lecture 2011. Une année, je m'en rends compte maintenant, déjà riche en livres marquants (Foster Wallace, Abeille, Krasnahorkai, l'anthologie Perdus/Trouvés) et qui se poursuit (encore aujourd'hui) par des œuvres (que je considère comme) majeures.

Ce qui n'est pas vraiment le cas de La fin des temps de Haruki Murakami, lu avec curiosité après Chroniques de l'oiseau à ressort et Kafka sur le rivage. Une demi déception : Murakami démarre avec plein de bonnes idées qui finalement ne sont pas vraiment exploitées. Le roman reste trop sage, même si certaines perspectives sont intéressantes : deux récits en parallèle qui se font écho de manière étroite, le récit en second se déroulant dans le cerveau du principal personnage du premier. Probablement le plus ambitieux des trois romans mais pas le plus réussi.

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Année 2011 - 1

Publié le lundi 4 juillet 2011 dans la catégorie Littérature | 9 commentaires »

Dans la grande tradition des inventaires de lecture annuels, voici le début de la première moitié de l'année 2011.

Nuages et pierres de Yuan Hongdao (Editions Philippe Picquier). Yuan Hongdao (1568-1610), essayiste et poète chinois de la dynastie des Ming, s'opposa à l'imitation des anciens et défendit la littérature en langue vulgaire. Certains de ses écrits choquèrent à l'époque de leur parution. Il est bien difficile à nos esprits occidentaux modernes de concevoir en quoi, et ce que pouvait avoir de subversif, par exemple, ce recueil de courts récits et descriptions issus d'excursions effectuées par l'auteur dans les montagnes sacrées de l'est de la Chine. Digressions, réflexions et rencontres de hasard composent ces textes au charme souvent désuet mais parfois empreints d'une grande poésie et d'un certain humour.

La fonction du balai et La fille aux cheveux étranges de David Foster Wallace. Un roman, un recueil de nouvelles. Deux livres marqués par l'immense talent de l'écrivain américain, qui s'est donné la mort en 2008. Nous voyons évoluer de nombreux personnages, dont souvent les pensées les plus secrètes nous sont dévoilées pour être disséquées sans aucune pitié à l'occasion d'événements, de rencontres et de péripéties improbables, d'une drôlerie souvent marquée d'une pointe de cruauté. Et, au hasard d'une page, brusquement se fait jour cette évidence : tous ces gens sont fous, complètement barjes, raides dingues, parfaitement frappés. Cette société dans son entier est folle. Ces gens qui sont nous (jusqu'à quel point sommes-nous eux, quel degré de leur complète folie avons-nous déjà atteint ?) nous renvoient à nos propres délires, nos propres obsessions, failles et incohérences, parfois à nos fantasmes les plus secrets. Un horrible délice.

Le magnifique roman de László Krasnahorkai, dont j'ai déjà parlé, Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau.

L'étrange et mystérieux roman de Jacques Abeille, Les jardins statuaires.

Ayant choisi de commencer non par son théâtre mais par un roman pour découvrir l’œuvre de Jean Genet, je me lancai dans le court Querelle de Brest paru dans L'Imaginaire Gallimard. Une petite déception : à mon sens, Genet en fait trop ou pas assez et je n'ai jamais réussi, ou bien à de trop rares occasions, à entrer dans le texte. Il faudra donc que je tâte du théâtre...

Un très bel objet que ce Perdus / Trouvés – Anthologie de littérature oubliée publié chez Monsieur Toussaint Louverture en collaboration avec les Éditions Attila. Et une magnifique réussite sur le plan littéraire, puisque ce recueil regroupe 22 courtes nouvelles d'auteurs dont j'ignorais l'existence pour la plupart, dont je n'avais rien lu ou presque pour les autres et dont certains textes sont des joyaux. Il n'y a rien à jeter dans l'ensemble même si certaines nouvelles me touchent plus que d'autres. Une merveille à ne pas manquer.

La suite au prochain épisode...

Rhingia campestris, deuxième

Publié le samedi 21 mai 2011 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

Rhingia campestris
Rhingia campestris

Une deuxième photo de Rhingia campestris. On distingue bien la trompe qui saille sous le nez orange et s'enfonce au coeur de la fleur. On constate par ailleurs que les yeux ne sont séparés que par une fine suture noire, ce qui signale cette fois un individu mâle.

Un oeil rouge te regaaaaaaaarde

Publié le dimanche 8 mai 2011 dans la catégorie Littérature | aucun commentaire »

Mouche sur feuille de houx
Mouche sur feuille de houx

Une mouche, aucune idée de l'espèce précise, comme vous ne l'aviez (sans doute) jamais vue (et moi non plus).

Lumière du matin

Publié le samedi 9 avril 2011 dans la catégorie Littérature | un commentaire »

Lumière du matin

Première d'une série de photo prises un matin récent sur la pelouse de la résidence. Au milieu des gouttes de rosée, une astéracée jaune pointe le bout de son nez, comme un pinceau qu'on aurait secoué sur une feuille verte.