Les lances rouillées de Juan Benet (année 2011 - 4)
Publié le samedi 29 octobre 2011 dans la catégorie Littérature | 4 commentaires »
Je ne connaissais rien de ce grand auteur espagnol jusqu'au printemps dernier. L'édition par l'excellent Passage du Nord-Ouest de l'œuvre de cet écrivain prolifique mais encore trop peu connu en France était une bonne occasion de le découvrir, à travers ce qui est considéré comme un de ses plus grands romans, Herrumbrosas lanzas, consacré à la guerre civile espagnole. L'auteur y décrit, y dissèque devrait-on dire, les opérations militaires des années 1936-1938 dans la région qu'il a inventée, celle des villes de Région la républicaine et de Macerta la franquiste, séparées par une chaîne de sommets montagneux autant que par leur idéologie. À l'image du comté de Yoknapatawpha chez Faulkner, Benet crée de toutes pièces une région d'Espagne dont il va jusqu'à fournir une carte et dont la toponymie comporte des références (non décelables pour le lecteur qui n'est pas un fin connaisseur de la littérature espagnole) à des auteurs, des œuvres et même des personnages de ces œuvres. Dans ce pays imaginaire vivent, combattent et meurent les protagonistes de cette guerre civile et bien réelle, guerre et protagonistes dont les phrases longues, contournées et rigoureuses de Benet analysent les moindres motivations, les plus petits détails, les trahisons et les héroismes, tout ce qui fait l'Histoire. Dans un genre différent, on pense évidemment au scalpel de Proust. Genre d'ailleurs parfois pas si différent que ça, puisque sont aussi bien étalés sur la table de dissection les sentiments les plus enfouis, les doutes et les certitudes les plus secrets des personnages, qu'il s'agisse de Mason, commandant des forces républicaines ou du plus simple de ses soldats. Les digressions sont nombreuses, l'histoire des personnages prend souvent le pas sur la grande, comme c'est le cas en particulier de celle de la famille de Mason, pleine d'amours illicites et contrariées, de haines profondes, de luttes fratricides et de trahisons, ici encore. Un très grand roman qu'on a envie de relire dès la dernière page tournée et qui pousse à explorer sans délai le reste de l'œuvre.
