Année 2010 : un bon cru (2)
Publié le vendredi 31 décembre 2010 dans la catégorie Littérature | aucun commentaire »
Puisque me voici débarrassé du méchant malouaire qui a empêché l'accès à ce blog pendant une semaine, voici la suite de l'année 2010 : février débute avec La Terre aux loups, de Robert Margerit, auteur que j'avais découvert avec Mont-Dragon en 2006. Le texte retrace l'histoire du colonel Lucien de Montalbert et de sa famille. Mis à la retraite forcée à cause du changement de régime politique et du départ de Napoléon, le colonel se retire avec sa femme dans la demeure familiale perdue au cœur du Massif Central. Ce soldat dans l'âme ne se remettra jamais de cette mise à l'écart, manière de malédiction originelle, et toute l'histoire de sa famille ne sera que la chronique d'une déchéance annoncée, marquée par la cruauté et la violence. Le style de Margerit est magnifique et je vous recommande en particulier l'ouverture du roman, description vue de l'intérieur de la charge de l'unité de cavalerie de Montalbert lors de la bataille de Waterloo : le réalisme et la force de ce morceau de bravoure sont dignes des meilleures séquences du genre, cavalerie de western ou cavaliers du Rohan...
Suit Le château de Cène, étrange récit de Bernard Noël. Constitué de divagations oniriques, érotiques voire pornographiques en même temps que de réflexions philosophiques, ce court texte dérange, étonne et donne beaucoup à penser, laissant après lecture un sentiment mêlé mais durable d'émerveillement et d'interrogations. À découvrir.
Je vous avais déjà parlé des deux autres ouvrages qui clôturent le mois : le premier volume de l'intégrale des Nouvelles de R. L. Stevenson paru chez Phébus et l'imposant recueil dirigé par Danielle Régnier-Bohler, La légende arthurienne dans la collection Bouquins. Si j'étais venu à bout du premier assez rapidement, tant les récits en sont prenants, je ne suis arrivé au terme du second qu'il y a quelques jours : c'est donc l'année entière qui aura été placée sous le signe de la Table ronde, de Merlin, Arthur, Lancelot et les autres. On trouve plus mauvaise tutelle.

L'année commence en compagnie des Deux écrivains français de Pierre Bergounioux : il s'agit d'un court essai qui met en parallèle Julien Gracq et Claude Simon, excusez du peu, leur démarche d'écriture et leur histoire. Un petit ouvrage fort intéressant et une bien belle compagnie que ces trois plumes.
Le même jour, plongé dans La Jérusalem délivrée de Le Tasse, l'un des nombreux classiques que je m'étais promis de lire un jour. Le livre se lit facilement malgré l'inactualité de la langue comme du sujet (1581) : on se passionne pour les combats menés par l'armée chrétienne sous les ordres de Godefroy de Bouillon contre les Sarrasins, en vue de libérer la ville sainte. On retrouve la tradition des romans de chevalerie et une forte inspiration de l'Orlando furioso de L'Arioste, plus ancien d'un demi siècle, auquel il a souvent été comparé dès l'époque de sa parution.