De l'autre côté du miroir

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Bernanos prophète

Publié le dimanche 18 juillet 2010 dans la catégorie Littérature | 2 commentaires »

Ces jours-ci fasciné par le Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos, dans lequel on peut lire notamment (je graisse) :

« Car si notre espèce doit périr, elle périra de dégoût, d'ennui. La personne humaine aura été lentement rongée, comme une poutre par ces champignons invisibles qui, en quelques semaines, font d'une pièce de chêne une matière spongieuse que le doigt crève sans effort. Et le moraliste discutera des passions, l'homme d'État multipliera les gendarmes et les fonctionnaires, l'éducateur rédigera des programmes – on gaspillera des trésors pour travailler inutilement une pâte désormais sans levain.
(Et par exemple, ces guerres généralisées qui semblent témoigner d'une activité prodigieuse de l'homme, alors qu'elles dénoncent au contraire son apathie grandissante... Ils finiront par mener vers la boucherie, à époques fixes, d'immenses troupeaux résignés.) »

Ce texte date de 1936. La justesse par anticipation en est terrible. Qu'écrivent nos Bernanos actuels, s'ils existent ?

En direct du Cambrien moyen : le schiste de Burgess par Stephen Jay Gould

Publié le mardi 13 juillet 2010 dans la catégorie Littérature | aucun commentaire »

Plongé en ce moment dans La vie est belle de Stephen Jay Gould, paléontologue illustre et grand vulgarisateur, au sens noble du terme, auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de la vie.

L'auteur nous explique, avec tout la rigueur scientifique voulue associée à de grands talents de raconteur d'histoires, tout ce que l'on doit savoir de cette faune étonnante découverte en 1909 par Charles Doolittle Walcott, l'un des géologues américains les plus prolifiques, influents et reconnus de son époque. Où l'on apprend que la carrière où furent trouvés les fossiles se situe dans le parc national de Yoho (site officiel en anglais), en Colombie britannique, au col de Burgess entre les Monts Field et Wapta (Rocheuses canadiennes), à 2400 mètres d'altitude ; comment les échantillons furent récoltés, stockés, interprétés (de manière amplement erronée) par Walcott ; quand, pourquoi et de quelle manière leur étude fut reprise au début des années 70 par Harry Whittington, Derek Briggs et Simon Conway Morris, trois chercheurs anglais qui mirent au jour leur caractéristiques étonnantes. Stephen Jay Gould nous décrit les organismes du Cambrien moyen avec clarté et précision, et insiste en particulier sur la révolution qu'ils ont entraînée dans notre vision du monde vivant de cette époque lointaine et dans notre compréhension des mécanismes de l'évolution (au sens darwinien du mot).

Les longues descriptions anatomiques de ces organismes du Cambrien peuvent parfois se révéler répétitives : elles sont néanmoins faciles d'accès avec un minimum d'efforts et indispensables à la bonne compréhension de la révolution dont ils sont l'origine. On s'étonne d'ailleurs à chaque nouvel animal tant les formes apparaissent originales, parfois improbables, toujours surprenantes.

L'ensemble se lit avec passion pour quiconque s'intéresse à la paléontologie, à l'histoire de la vie et à l'évolution, ou pour tout curieux de science. Une formation en géologie ou au moins scientifique permettent d'apprécier cette belle histoire de manière encore plus précise. N'importe qui a déjà vu des fossiles, tenté de les analyser ou simplement manipulé du caillou ne pourra qu'être impressionné par les méthodes de mise à jour de l'anatomie des Trilobites, Crustacés et autres Arthropodes qui constituent une grande part de l'assemblage fossile. Une étude passionnante par un scientifique cultivé et qui sait écrire (et qui a un peu tendance à le montrer mais on lui pardonne facilement).

Du fond et de la forme

Publié le lundi 12 juillet 2010 dans la catégorie Save Our Souls | 6 commentaires »

Quand on n'a pas le culot d'écrire ce genre de choses, ça fait rudement plaisir à lire. Je partage à peu près sans réserve le ras-le-bol généralisé, transmué en haine irrémédiable, qui y est exprimé. Merci à l'auteur du blog pour cette manière de catharsis.

De la correction

Publié le vendredi 9 juillet 2010 dans la catégorie Général | 3 commentaires »

Je vous ai dit déjà, je crois, que j'appréciais le blog de Jean-Paul Brighelli. Je ne saurais trop vous conseiller d'aller y lire l'article sur l'art de corriger. Un de ces nombreux billets que j'aurais aimé écrire et dont ma courte expérience d'enseignant (et un peu plus longue mais à peine de la gabegie généralisée actuelle) me fait approuver chaque mot.

Tous à vos stylos rouges !