De la convergence et des chances de survie
mardi 29 juin 2010, par Emmanuel Caspard - Save Our Souls -# 88 - Fil RSS
Moi : « Bonsoir »
Elle : « Bonsoir ! Oh, mais qu'est-ce que vous lisez ? Voyons voir ça, [incompréhensible] censure [incertain] »
Je tends le livre, les Chroniques de l'Oiseau-à -ressort d'Haruki Murakami au format poche, un petit pavé de 800 pages.
Elle : « Oh la la, dites-donc, mais c'est intello ça, non ? »
Moi (par réflexe) : « Vous croyez ? »
Un homme un peu plus âgé, à côté d'elle : « Ce n'est pas parce que c'est un nom à consonance japonaise (bravooooooooooooo...) que c'est intello. »
Moi (in petto) : Ah, et quelle consonance faut-il alors pour que ce soit « intello » ?
Elle me rend le livre, nous nous lançons un quelconque au revoir ou souhait de bon mercredi et je quitte le couple.
« C'est intello, ça ». Pas : « Tiens, je ne connais pas cet auteur », ni : « Et c'est bien ? Qu'est-ce que ça raconte ? L'auteur est japonais, n'est-ce pas ? » ou tout autre commentaire certes peu original mais qui montre un intérêt minimum pour ce qu'on vous présente. Non. Le jugement tombe, stupide, fier de sa stupidité et de son ostracisme sous-jacent. Cette dame, par ailleurs charmante pour le peu que j'en connais, fait profession d'enseigner mais considère le livre d'un auteur japonais qu'elle ne connaît visiblement pas et dont elle ne cherche absolument pas à connaître quoi que ce soit parce qu'il ne l'intéresse pas le moins du monde (ou bien elle est tellement surprise qu'elle dit la première bêtise qui lui passe par la tête, je ne sais pas, elle s'attendait peut-être à Musso, Nothomb ou Gavalda, la pôvre), elle considère ce livre, donc, comme « intello », bien embêtée certainement si on lui demandait ce qu'elle entend par là (« et par là , on n'entend pas grand-chose », n'est-ce pas, comme dirait Pierre Dac, à moins que ce ne soit Francis Blanche).
Et j'arrive à peine à me replonger dans ledit livre pourtant fort prenant, le temps du trajet du retour en bus, car me revient alors en tête cet article que j'avais lu en diagonale à l'occasion d'un lien dans un billet du blog de Jean-Paul Brighelli (excellent au demeurant), l'histoire d'un enfant brimé par ses camarades parce qu'il est travailleur, poli et réussit bien en classe, « Sale-intello ». Je viens de le relire, de lire les premiers des nombreux commentaires. Prenez le temps de le faire également pour voir de quoi je parle. Il y est question notamment de civilisation et de décadence, de la démisssion des parents, du rejet de l'autorité par ceux-là mêmes qui ont pour mission de l'exercer auprès des enfants et du pédagogisme stupide des 30 dernières années consistant à mettre l'enfant au centre et à le laisser s'exprimer (mais alors bon sang, s'il ne le fait pas à l'école et si les parents s'y refusent, qui donc va se décider à lui apprendre à se taire), je suppose que je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Alors entre ça et les perspectives évoquées par Jared Diamond, je vous laisse méditer sur les chances de survie...
J'en reste sans voix. Et il vaut mieux que l'année scolaire soit presque terminée.
C'est moi qui débloque ou quoi ??!!

Commentaires
#1 - Le mercredi 30 juin 2010 à 21:19, par lamamy
#2 - Le mercredi 30 juin 2010 à 21:26, par lamamy
#3 - Le dimanche 4 juillet 2010 à 11:51, par lamamy
#4 - Le dimanche 4 juillet 2010 à 13:11, par Manu
#5 - Le dimanche 11 juillet 2010 à 21:50, par solko
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