Dans la série des terminés, voici les plus récents :

  • À bord, de Herman Melville, trois courts textes rassemblés par les Editions finitude déjà citées pour Les Mauviettes de Cyriel Buysse. Ce petit volume regroupe les textes de conférences données par l'auteur de Moby Dick sur les thèmes du voyage et de la mer : intéressants mais pas inoubliables, à réserver aux fans curieux de raretés ;
  • Le dégoût, du salvadorien Horacio Castellano Moya. Un long vomissement de la haine accumulée contre le pays de l'auteur, texte pour lequel il a reçu des menaces de mort et a été contraint de s'exiler. On ne peut s'empêcher d'y lire, souvent, la partie étant prise pour le tout, la haine du monde moderne en général. Un texte d'une violence et d'une crudité (trop) rares ;
  • compilée par Michel Décaudin, une Anthologie de la poésie française du XXe siècle par laquelle je poursuis ma découverte du genre : nombre de merveilles méconnues dans ce premier volume, quelques auteurs déjà abordés comme Saint-John Perse et Cendrars et des envies et idées de lecture pour les 5 années à venir, au moins ;
  • Tierra del fuego du chilien Francisco Coloane, des nouvelles entre terre et mer, entre Joseph Conrad et João Guimarães Rosa (on ne peut que songer à Diadorim dans le premier et le plus long des textes, au titre éponyme, où trois hommes qui se sont révoltés par les armes, en compagnie d'une petite troupe, contre leur patron fuient les hommes de main de ce dernier) ;
  • Du monde entier au coeur du monde, recueil des poésies complètes de Blaise Cendrars. On y retrouve en particulier la fameuse Prose du transsibérien, au milieu de textes iconoclastes où le voyage tient la plus grande place. L'expérimentation stylistique parfois poussée assez loin rend certains textes peu faciles d'accès mais souffle sur l'ensemble un air frais et dépaysant assez stimulant ;
  • pour finir, de Julián Ríos, qui est considéré par beaucoup, dont Carlos Fuentes, comme un des plus grands écrivains espagnols d'aujourd'hui, Quichotte & fils, dans lequel le grand lecteur qui se cache derrière l'auteur nous livre une étude aussi érudite que passionnante des grands romanciers dont il fait remonter l'héritage à l'une des Å“uvres fondatrices du roman moderne, le Don Quichotte de Cervantès. Au fil des textes, nous croiserons donc, sur un paquebot en route pour l'Amérique, le Thomas Mann de La Montagne magique, avant que quelques détours par Lolita, Le Maître et Marguerite, La généalogie de la morale suivie de Ainsi parlait Zarathoustra, et Diadorim, enfin, ne nous amènent à Finnegan's Wake et, surtout, à Ulysse, dont l'auteur tient lieu de fil rouge à l'essai tout entier (en compagnie du grand Will, le plus grand manieur de langue "ever" pour Ríos). Après avoir évoqué, dans le chapitre intitulé "Le domaine d'Arno", l'Å“uvre d'Arno Schmidt, seul inconnu pour moi dans cet aréopage impressionnant, Julián Ríos convoque encore Marelle ainsi que Dom Casmurro et Les mémoires posthumes de Brás Cubas de Joachim Machado de Assis pour revenir, en fin de compte et presque inévitablement, au Nabokov de Lolita et de Feu pâle avec, pour ce dernier, une analyse pointue, parfois à la limite de l'ésotérisme, en forme d'hommage parodique à la propre parodie de l'auteur russe. Chantre de la lecture créatrice, Julián Ríos nous en offre ici un exemple magnifique et il est presque superflu de dire le plaisir jubilatoire que j'ai pris à la lecture de ce véritable hymne au roman moderne : un pur régal (asseyez-vous et repassez la liste des auteurs : Cervantès, l'illustre précurseur puis Mann, Boulgakov, Nietzsche, Nabokov, Guimaraes Rosa, Joyce, Cortazar, Machado de Assis... une vraie rivière de diamants). À ne pas rater.

Dans la série des lectures en cours :

  • L'Odyssée barbare de Daniel Sada, un autre sud-américain (mexicain, en l'occurrence), après Rodrigo Fresan, et un autre grand roman, au style moins fluide, pour le moins, que celui de l'argentin dans La vitesse des choses. Un livre incompatible avec le temps découpé en fines tranches qui caractérise souvent nos journées de travail, mais dans lequel il faut au contraire se plonger en larges plages de tranquillité et que j'espère défricher un peu plus rapidement à l'occasion de ces vacances de Pâques ô combien bienvenues. D'autres en ont déjà beaucoup parlé, bien mieux que je ne saurais le faire, et continuent à disséquer ce roman majeur : allez voir chez Bartleby, les notes d'Antonio Werli (ici, là et là) et les notes 1, 2, 3, 4 et 5 de l'Escargot garpien ;
  • le deuxième volume de l'Anthologie de la poésie française du XXe siècle ;
  • les Brefs entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace, qui s'annoncent fort bien, courtes nouvelles jusqu'ici très focalisées ou, à l'opposé, dans la nouvelle éponyme, très diverses.