Certaines choses, comme la description dans ses moindres détails de la ville de Nouvelle-Crobuzon et de sa population, fonctionnent très bien : le plan fourni au début de l'ouvrage contribue à rendre la ville plus réelle, même si certains noms de quartiers, de rues ou de stations de métro frisent le ridicule de très près (ce qui peut éventuellement être attribué à des défauts de traduction, pour être gentil). À l'opposé, le construction du monde et de la planète dans lesquels Nouvelle-Crobuzon s'intègre m'est apparue parfaitement artificielle ; ce monde ne semble servir qu'à justifier ponctuellement la présence de certains éléments, parfois originaux, dans l'histoire de la ville : région d'origine de certaines espèces androïdes ou lieu d'événements historiques marquants, ils ne prennent jamais vraiment corps. L'univers n'est qu'ébauché, globalement la sauce ne prend pas.

L'histoire est celle d'un savant un peu fou, un peu original, qui parviendra malgré tout à faire une découverte essentielle (ça sent le déjà-vu, non ?) mais, ce faisant, sera à l'origine de la libération et du déchaînement, sur la ville et ses habitants, de créatures malfaisantes et pratiquement indestructibles. L'ensemble du livre narre le combat du savant et de ses amis, d'un côté, des autorités de la ville aidées d'un chef important de la mafia locale avec qui elles travaillent, de l'autre, contre ces Gorgones qui, si elles possèdent des caractéristiques originales, rappellent par certains aspects les créatures d'Alien ou le gritche d'Hypérion. D'autre part, le grrrrrraaaaaaaand combat final, dans la plus pure tradition du western, fait un peu trop Grand Guignol à mon goût.

L'Artefact est une autre bonne idée mal exploitée parce que pas assez fouillée : l'auteur, à trop vouloir en faire, laisse en plan beaucoup trop de pistes intéressantes. En poussant un chouïa, mais à peine, j'irais jusqu'à dire que ce sont les pistes les plus intéressantes qu'il explore le moins, préférant se rabattre systématiquement sur les sentiers les plus balisés. C'est frustrant et pénible...

Cerise sur le gâteau, tout cela est raconté sans aucun style ; plus grave, on sent souvent le procédé d'écriture, la technique est un peu trop visible à de trop nombreuses reprises (la traduction ici encore ? J'en doute). Ça commence à faire beaucoup.

Pour couronner le tout, l'intrigue, les idées originales, les rebondissements et le dénouement, même s'ils entretiennent un suspens certain qui rend la lecture facile et pas trop désagréable, forment un ensemble sans épaisseur : le livre refermé, il n'en reste rien sinon quelques images un peu plus fortes se détachant sur le bruit de fond. Aucun prolongement, aucune réflexion philosophique, politique ou scientifique ne sont possibles. On est très loin des références dans ce domaine que sont les séries Dune et Fondation, voire, à un niveau légèrement inférieur, Hypérion, encore. Séries que je vous recommande d'aller lire ou relire plutôt que de passer du temps à Perdido dans une lecture pour moi largement contournable.