L'amitié des abeilles et Conversation avec le taupier de Jean-Loup Trassard. Une littérature du terroir qui est littérature avant d'être de quelque chose. Dans le premier livre, sept nouvelles sont autant de découvertes de personnages qui tentent d'échapper à leur solitude en se consacrant corps et âme qui à ses abeilles, qui à ses chevaux de labour, qui encore à la chasse aux taupes, déjà. Le second ouvrage retranscrit et enrichit une conversation de l'auteur avec un taupier : à travers le quotidien souvent rude de ce chasseur solitaire, qui connaît mieux le monde souterrain que celui de la surface, c'est toute la vie d'une région encore profondément rurale pendant les années 40-50 qui se dévoile par petites touches à nos yeux.

Train de nuit dans la Voie lactée de Kenji Miyazawa. Le Japon, de nouveau. Trois longues nouvelles d'une grande poésie. Le voyage auquel nous convie le texte éponyme, en particulier, nous fait retomber en enfance : on se croirait transporté dans un film de Miyazaki (dont un passage d'un des films, je ne me rappelle plus lequel – Le voyage de Chihiro, peut-être bien – semble a posteriori directement inspiré de ladite nouvelle).

La marche au canon de Jean Meckert. Un court récit autobiographique de la drôle de guerre vue de l'intérieur. Variations sur les thèmes de l'absurdité de la guerre, de l'obéissance et de la révolte, du courage et de la lâcheté. Et, toujours, ce travail sur la langue orale, parfois argotique, qui caractérise la plupart des livres de Meckert.

Le fascisme en action de Robert O. Paxton. Où l'historien américain, auteur notamment de L'Armée de Vichy, analyse le phénomène du fascisme en se basant, non sur le(s) discours, mais sur ce que les fascistes ont effectivement mis en oeuvre. Une grande place est faite, bien sûr, aux deux principaux mouvements fascistes ayant « réussi », le fascisme italien de Mussolini et le nazisme. Mais Paxton replace ces mouvements dans leur contexte et démontre, d'une part, combien leur arrivée au pouvoir n'était en rien inéluctable et s'est opérée par le jeu de compromissions et d'alliances avec les groupes et hommes politiques en place (beaucoup plus que, comme on le pense souvent au sujet du nazisme, par le résultat d'un vote démocratique), d'autre part, que le retour au pouvoir de mouvements fascistes, sous une forme différente, est toujours possible aujourd'hui. Il analyse de ce point de vue les caractères fascistes présents dans les gouvernements de Berlusconi et Haider, notamment. Une réussite, au final, ce qui ne nous surprend guère venant de ce chercheur et vulgarisateur brillant.

À la lumière d'hiver de Philippe Jaccottet. Une espèce de révélation : la poésie ne m'avait pas procuré autant de plaisir depuis mes lectures de Rilke il y a 10 ou 15 ans. Cette poésie-ci est simple, en prise avec les éléments naturels : la lumière et l'ombre, le vent sont omniprésents. La langue est recherchée tout en restant claire et accessible ; on se laisse bercer et emporter, brusquer parfois par ces textes brefs qui parviennent à toucher des régions profondément enfouies ou oubliées depuis longtemps. Une poésie qui convient parfaitement à l'hiver qui s'annonce (dis-je, moi qui l'ai lu en plein mois d'août...). Et j'en profite pour remercier DiP, qui se reconnaîtra, pour m'avoir suggéré la lecture de cet auteur.